L’Union européenne est à la traîne, alors que le monde avance : on se réveille quand ?

Imaginez cette scène : nous sommes tous ensemble dans les tribunes d’un stade où plusieurs dizaines de milliers de personnes assistent à une épreuve de course d’athlétisme.

L’ambiance est électrique et la foule est en liesse. Les bières coûlent à flot (avec modération voyons) et les pop-corns sont de sortie. Jeunes, moins jeunes, petits et grands, tout le monde est là pour cet événement.

Alors que la fanfare démarre, voici l’entrée des coureurs qui sont au nombre de cinq. Chacun d’eux représente un État. Il y a l’Inde, les États-Unis, l’Union européenne, la Chine et la Russie.

Tous sont sur la ligne de départ. La tension est palpable. Chacun peut ressentir un certain énervement dans l’air.

« Boum ! », le tir retentit et la course commence. Les cris fusent dans les tribunes.

Chacun des coureurs donnent tout pour finir premier et leur énergie se réduit à chaque élan.

Ils se rapprochent de la ligne d’arrivée. Et tous terminent à égalité… sauf l’Union européenne qui est loin derrière et toujours à la traîne.

Bref, vous l’aurez compris, cette scène imagée illustre à merveille la situation actuelle de notre époque. Le monde entier avance vers l’ère de l’intelligence artificielle, des thérapies géniques ou encore de la fusion nucléaire. Tandis que nos dirigeants (ceux de France principalement et également d’Europe) continuent de débattre inlassablement de taxes et de réglementations.

Pourquoi la France s’enlise dans une forme d’immobilisme et de médiocrité politique ?

Dans ce contexte de course mondiale à l’innovation, le Vieux continent agit comme s’il courait sur un tapis roulant : il avance… mais à reculons face aux géants technologiques. L’Union européenne, autrefois fière ambassadrice du progrès, peine à s’adapter au rythme du XXIᵉ siècle. Et pour ma part, j’estime qu’il est grand temps de réveiller cette Europe bureaucratique pour lui insuffler le courage de la réforme.

« L’intelligence devient une ressource, la vie devient programmable, l’énergie devient infinie. »

Comme le résume bien l’entrepreneur du numérique et Président d’Objectif France Rafik Smati : « Nous vivons en temps réel la plus grande métamorphose de l’Histoire humaine. […] L’intelligence devient une ressource, la vie devient programmable, l’énergie devient infinie. » À l’échelle planétaire, l’accélération est fulgurante : les entreprises et les États investissent des sommes colossales pour construire le monde de demain. Un monde nouveau où l’innovation fera partie intégrante de notre quotidien.

Selon le Stanford HAI, les fonds privés mondiaux dédiés à l’IA ont dépassé les 250 milliards de dollars en 2024. En pratique, cela signifie que les acteurs américains consolident leur avance : les cinq géants américains (Google, Microsoft, Amazon, Meta, Nvidia) ont débloqué à eux seuls près de 280 milliards pour l’IA en 2025, et ces sommes ne feront qu’augmenter année après année. Tandis que l’Europe n’est citée que pour ses chartes, normes et surtout… ses régulateurs. Étonnant, non ?

Cette fuite en avant se traduit concrètement : en 2024, les institutions américaines ont produit 40 modèles d’IA notables, contre 15 pour la Chine et seulement 3 pour l’ensemble de l’Europe. De même, les investissements privés américains en IA ont atteint 109,1 milliards de dollars en 2024, soit 12 fois plus que la Chine et 24 fois plus que le Royaume-Uni. Le reste du monde (Europe incluse) rame largement derrière.

« Et cet écart sera impossible à réduire si l’Europe continue à hésiter sur son devenir« 

La conséquence est double : non seulement nous prenons du retard sur les innovations technologiques essentielles (IA, robotique, biotechnologies, énergies du futur), mais ce retard risque de devenir irréversible. Et cet écart sera impossible à réduire si l’Europe continue à hésiter sur son devenir.

Il faut quand même prendre conscience que des secteurs clés comme la robotique industrielle sont dominés de nos jours par la Chine (qui a installé six fois plus de robots que le Japon et 7,3 fois plus que les États-Unis en 2023), et l’UE ne pèse quasiment pas dans la course à la puissance de calcul (supercalculateurs) nécessaire au développement de l’IA.

Dans ce contexte que je trouve à la fois triste et désolant, l’Europe risque de devenir « vassale » des puissances technologiques : soit nous participons à la conquête de l’intelligence, soit nous serons les serviteurs de ceux qui l’auront maîtrisée.

L’Europe enclenche le mode « réglementation » et met en pose le mode « innovation »

Au lieu de s’élancer à la conquête du futur, l’Europe préfère se lancer dans l’éthique et la réglementation. Déjà pionnière sur le papier (RGPD, « AI Act », etc.), l’UE semble obsédée par l’idée de contenir les technologies plutôt que de les embrasser. Dans le rapport mondial sur l’IA publié par l’ONU en 2025, l’Europe n’innove plus, elle régule constamment.

Pendant que nos voisins bâtissent l’infrastructure du futur, nous préférons passer nos journées au Parlement à imposer des normes. L’automobile autonome, les deepfakes, la crypto-monnaie, tous ces domaines sont déjà en pleine effervescence ailleurs. Mais en Europe, on tergiverse sur la charte éthique plutôt que sur la voie du développement.

« Cette obsession réglementaire va se payer très cher, et ce sont notamment les futures générations qui vont en subir les conséquences.« 

L’Europe a choisi la protection au détriment du risque. Cette obsession réglementaire va se payer très cher, et ce sont notamment les futures générations qui vont en subir les conséquences. Pourtant, les talents en France et en Europe ne manquent pas. Rien que dans notre pays, les pépites sont nombreuses à exceller dans différents secteurs d’activités : par exemple Mistral AI dans le langage open source, Hugging Face en matière de machine learning, Dataiku comme grande plateforme d’IA collaborative, ou encore PhotoRoom dans la création de contenu.

Lorsqu’on observe ces énergies positives et bienveillantes se déployer à grande échelle, on peut tout simplement regretter l’absence de l’État français à ne pas investir massivement dans ces solutions. Face aux puissances étrangères, les entreprises européennes peinent à rivaliser. Il en découle une culture administrative qui bride l’innovation, et qui voit la révolution technologique à travers le prisme de la régulation plutôt que de l’innovation.

Autrement dit, face aux défis d’Internet et de l’IA, Bruxelles répond par un énième texte réglementaire, quand Pékin ou la Silicon Valley se lancent dans la recherche applicative et la construction d’outils concrets. L’Union européenne de 2025 reste celle de l’an 2000 : beaucoup de débats pour peu d’action.

Autre exemple sur le retard de l’Europe : la course au calcul numérique intensif. Les serveurs qui entraînent l’IA sont l’équivalent moderne des usines. Or l’UE ne compte aujourd’hui qu’une poignée de supercalculateurs de taille mondiale, là où les États-Unis ont investi des dizaines de milliards pour en construire. Résultat, l’accélération des capacités de calcul progresse à +150% par an du côté américain, contre un timide +50% seulement du côté européen.

« Mais nous manquons d’une chose essentielle : le courage politique d’être une puissance d’innovation. »

Bref, en dépit d’atouts indéniables (universités de qualité, meilleurs ingénieurs, etc.), l’Europe ne transforme pas ses ressources en résultats tangibles. Nous avons les cerveaux, les ingénieurs, les médailles Fields… et un « Rapport Draghi » qui nous montre le chemin. Mais nous manquons d’une chose essentielle : le courage politique d’être une puissance d’innovation.

Quelles réformes pour un véritable sursaut ?

Il est plus que temps de renverser la vapeur. Et pour cela, il est nécessaire de passer par un changement de mentalité : ne plus se contenter d’être le régulateur des temps anciens, mais devenir l’innovateur des temps futurs.

Au lieu d’écrire une norme tous les matins, nos dirigeants doivent encourager l’entrepreneuriat et la prise de risque. Cela implique notamment de simplifier drastiquement la fiscalité et la paperasse qui étouffent nos startups et PME. Nous devons cesser ce « délire fiscal » : ne plus raisonner qu’en termes de taxes, mais en termes de compétitivité et de performance. Car ce sont nos entreprises qui portent le coût de chaque nouveau prélèvement, et ceci est plus qu’intolérable.

« Agir comme une puissance et non comme un simple gardien des principes éthiques, tel doit être le rôle de l’Europe.« 

Il est urgent que l’Europe se dote de supercalculateurs et de centres de données afin qu’elle soit pleinement autonome. Un puissant réseau indispensable pour former nos modèles d’IA comme le font les Américains et les Chinois. Nous devrions également soutenir plus résolument les secteurs émergents : biotechnologies (par exemple, libérer la recherche sur la réparation génétique), énergie (fission/fusion), espace, etc. Agir comme une puissance et non comme un simple gardien des « principes éthiques », tel doit être le rôle de l’Europe.

Trop souvent, l’Europe donne l’image d’un continent qui sanctionne et démotive. Il faut faire le contraire : célébrer les entrepreneurs, subventionner la recherche libre, accueillir et retenir les chercheurs étrangers. Il faut aussi réformer l’enseignement supérieur pour qu’il soit tourné davantage vers l’innovation (stages industriels, formation à l’esprit d’entreprendre, etc.), et également soutenir nos PME du numérique par des crédits d’impôt, des bourses de recherche et des aides ciblées, au lieu de multiplier les impôts « spéciaux » qui vont plus pénaliser nos acteurs que les GAFAM.

En clair, il faut supprimer le plafond de verre qui sépare ceux qui « produisent des solutions » de ceux qui « produisent des lois ». Les faizeux contre les dizeux : un combat qui dure et qui laisse des dégâts collatéraux.

Et la première des actions à mener est de démêler cette Europe bureaucratique pour redonner une forme d’agilité aux États-membres, tout en réduisant considérablement la dépense publique inutile. Les axes d’économies doivent être clairement identifiés (fonction publique, collectivités, etc.) et servir à financer les réformes et l’investissement d’avenir. On peut s’inspirer d’appels comme le « Rapport Draghi » ou d’autres études pour dresser une liste de 100 à 200 milliards d’économies, que nous pourrions transformer en catalyseur d’innovation.

En somme, ce sursaut exigera un vrai choc de simplification et une volonté politique implacable. Sommes-nous condamnés à devenir les spectateurs de ce siècle, ou déciderons‑nous enfin d’en devenir les acteurs ?

C’est maintenant ou jamais

Pour de nombreux experts dans l’intelligence artificielle comme Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences Po, il est trop tard pour espérer obtenir une place dans le podium pour la France et l’Europe. Dans l’émission d’André Bercoff sur Sud Radio, il dresse un constat simple : l’Europe dispose d’atouts réels (un vivier important de chercheurs qu’on estime aux alentours de 500 000, des startups prometteuses comme Mistral AI et la présence de grands laboratoires internationaux), mais ces éléments restent morcelés et insuffisamment articulés en une stratégie industrielle et opérationnelle cohérente.

Organiser des sommets et prononcer de belles déclarations (Sommet IA au Grand Palais à Paris) ne suffisent pas si les infrastructures de calcul, les financements de grande ampleur et la coordination public-privé font défaut. Nous pouvons tout à fait conquérir l’IA, à la condition de convertir les ressources en capacités industrielles, et d’adopter une gouvernance qui équilibre exigences éthiques et impératifs d’action.

L’Union européenne a été fondée sur l’idée de progrès et de paix. Elle peut (et même elle doit) retrouver cette vocation en se reformant en profondeur. Les défis sont énormes, mais notre continent a les ressources humaines et le capital social pour réussir. À noter que plus de 21 millions d’emplois sont créés chaque année en Europe grâce aux entrepreneurs, montrant que l’élan vers l’avenir existe. Encore faut-il cesser de tirer sur cette dynamique avec une fiscalité confiscatoire et une bêtise réglementaire.

C’est en ce sens que je lance un appel à un véritable sursaut européen : que cesse l’impuissance organisée, que nos dirigeants endossent le rôle de bâtisseurs et non de destructeurs, et que l’Europe redevienne le moteur d’innovation qu’elle a toujours rêvé d’être.

Le renouveau n’est plus une option, c’est une nécessité de survie.

Mickaël Maia

Fondateur de « Eduq’IA », la plateforme en ligne pour acquérir les bonnes bases sur l’IA
Militant au sein du parti politique « Nouvelle Énergie »
Membre du think-tank « Objectif France »
Sociétaire « C’est qui le Patron ?! »
Social Media Manager et stratège digital

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